Basé sur le renforcement de la vaccination généralisée et répétée des enfants, associé à la mise en place d’une surveillance renforcée, clinique et virologique, des paralysies flasques aiguës, ce programme avait réussi en 2003 à éliminer la poliomyélite de la grande majorité des pays du monde, à l’exception du sous-continent indien, et, en Afrique, du Nigeria.
Sous l’influence d’un courant islamiste fondamentaliste, 5 états du nord de ce pays ont refusé la vaccination (accusée de stériliser les femmes et de propager le SIDA). Ce refus a provoqué dans ce pays une épidémie de poliomyélite, à partir de laquelle cette maladie a été réimportée dans la majorité des pays d’Afrique intertropicale, ainsi qu’au Soudan, en Somalie et en Ethiopie, d’où elle avait en principe disparu. En Asie, les pays les plus touchés sont l’Inde du nord, le Pakistan, l’Afghanistan, le Yémen et l’Indonésie. Début 2010, on recensait plus de 1600 cas, dont 350 dans 14 pays considérés jusqu’alors comme non endémiques.
Il résulte de cette situation que le risque d’importation de cas de poliomyélite et de poliovirus, dans les nombreux pays devenus et restés indemnes, comme la France, est non seulement encore présent, mais a récemment été majoré ; cela nécessite le maintien d’une vigilance accrue, alors que le dernier cas autochtone survenu en France datait de 1989, et le dernier importé de 1995.
La surveillance clinique et virologique de la polio a été renforcée à l’échelle nationale par la mise en place, en 2000, d’un Réseau National de Surveillance des Entérovirus ; il concerne les cas cliniques pouvant faire suspecter une poliomyélite ou une autre entérovirose (notamment les paralysies flasques, les méningites lymphocytaires, les diarrhées aiguës). Cette surveillance, coordonnée par l’Institut de Veille Sanitaire et le Centre National de Référence des Entérovirus (Lyon), implique l’ensemble des laboratoires de virologie. Il s’y ajoute un contrôle virologique régulier des eaux usées de l’agglomération parisienne par le Laboratoire d’Hygiène de la ville de Paris. Quelques rares souches de poliovirus vaccinal, toutes importées, sont encore détectées par ces deux systèmes de surveillance.
La poliomyélite doit être évoquée devant la survenue, à tout âge, d’une paralysie flasque aiguë non traumatique, d’installation rapide (en moins de 48 h), asymétrique, motrice pure, sans trouble sensitif objectif, rapidement amyotophiante, non évocatrice d’un syndrome de Guillain-Barré, d’une compression médullaire aiguë, ou d’une myélite transverse aiguë.Tout cas suspect, survenu notamment au retour d’un pays contaminé :
- doit être immédiatement déclaré à la DDAS et faire l’objet d’une enquête épidémiologique,
- doit faire l’objet d’une enquête virologique par la recherche d’entérovirus dans les selles (sur 2 prélèvements à 24h et 48h d’intervalle), et éventuellement dans le LCR, associée à une sérologie polio, sur un prélèvement de sang initial, suivi d’un second prélèvement effectué 1 à 2 semaines plus tard. Ces examens doivent être effectués dans un laboratoire de virologie, qui doit se mettre en relation avec le Centre National de Référence des Entérovirus (Pr Bruno Lina), Faculté de Médecine, 8 ave Rockefeller, 69 373 Lyon cedex O8 , tel 04 78 77 70 29.
Seul le vaccin inactivé injectable (souche Salk), efficace et parfaitement toléré, est exclusivement utilisé en France depuis 1986, ainsi que dans la plupart des pays industrialisés ; la majorité des enfants dans le reste du monde, reçoit encore le vaccin vivant oral (souche Sabin), car facile à administrer et peu onéreux, mais malheureusement susceptible de redevenir neuropathogène.
Pr Michel Rey, Président de la Commission Nationale de certification de l’Eradication de la Poliomyélite en France
Pr Michel Dumas,
Pr Pierre-Marie Preux, Institut d'Epidémiologie Neurologique et de Neurologie Tropicale, Limoges
Commission coordonnée par C. Guichard (DGS), actuellement composée de D. Antona et D. Levy-Bruhl (InVS), B. Lina (CNR Enterovirus, Lyon), N. Guérin (Comité technique des vaccinations), S. Dubrou et D. Carlier (Laboratoire d’Hygiène, Ville de Paris), F. Delpeyroux (Institut Pasteur), M. Pampin (AFSSAPS), D. Orlikowski (Hôpital de Garches), T. Sharshar (AP-HP), M. Dumas (Institut de Neurologie tropicale, Limoges), H. Kopecka (Consultante OMS Europe), M. Rey (Président).